Une apothicairerie maison, c'est la tablette où vous gardez les herbes que vous utilisez, avec les pots, les étiquettes et les notes qui les rendent faciles à trouver et dignes de confiance. À La Ferme À Ciel Sur Mer, nous cultivons et séchons des plantes médicinales certifiées biologiques dans Charlevoix, au Québec, et notre propre tablette a commencé comme la plupart des autres : quelques herbes qui poussaient bien ici et une armoire pour les ranger. Ce guide explique comment en monter une et la garnir : quelles herbes acheter en premier et en quelle quantité, comment les étiqueter et les organiser, et comment juger une herbe séchée avant qu'elle prenne place sur la tablette.
Ce que vous faites ensuite avec les herbes a ses propres guides. Notre guide pour préparer des remèdes à base de plantes à la maison couvre les infusions, les décoctions, les teintures, les huiles et les onguents, et notre guide Comment conserver les herbes séchées couvre les contenants et la durée de conservation selon la partie de la plante.

Ce qu'est une apothicairerie maison
Le mot est plus ancien que la tablette. Un apothicaire était d'abord une personne : au Moyen Âge, le marchand qui conservait, préparait et vendait les remèdes, l'ancêtre du pharmacien. Le mot vient du latin apotheca, issu du grec apothēkē, un entrepôt, et l'apothicairerie a fini par désigner la boutique elle-même, avec ses rangées de pots étiquetés. Une apothicairerie maison, c'est cet entrepôt ramené à la taille d'une armoire.
Elle contient trois choses : des herbes séchées, les préparations que vous en tirez et les quelques outils qui permettent de passer des unes aux autres. Ce qu'il lui faut, c'est de la rigueur, savoir exactement ce que contient chaque pot, d'où il vient et quel âge il a, et c'est l'objet principal de ce guide.
Partir de ce que vous utilisez vraiment
La meilleure première liste est courte. Pensez à ce que votre maisonnée utilise au cours d'un mois ordinaire (une tasse le soir pour décompresser, quelque chose après un repas copieux, un onguent pour les mains sèches) et choisissez de cinq à huit herbes qui couvrent ces habitudes. Apprenez à les connaître une à la fois avant d'en ajouter d'autres.
Tenez un carnet dès le départ : chaque herbe à son arrivée, comment vous l'avez préparée, son goût et comment vous l'avez tolérée. En une saison, il vous dira quoi racheter et quoi laisser tomber. Notre guide sur les actions des plantes médicinales vous donne le vocabulaire qu'emploient les herboristes pour dire à quoi sert chaque plante.
Une première collection d'herbes séchées
Nos choix pour une première tablette, tous cultivés sur notre ferme ; lorsque Santé Canada a publié une monographie, l'usage traditionnel est donné dans ses termes.
- Camomille (Matricaria chamomilla) : les capitules, utilisés traditionnellement en phytothérapie pour aider à soulager les troubles bénins de la digestion ainsi que l'agitation et/ou la nervosité.
- Mélisse (Melissa officinalis) : une feuille vive et citronnée, avec les deux mêmes usages traditionnels que la camomille.
- Menthe poivrée (Mentha × piperita) : la feuille, utilisée traditionnellement en phytothérapie (comme stomachique) pour aider à la digestion.
- Tulsi (Ocimum tenuiflorum) : la feuille du basilic sacré, utilisée en phytothérapie comme adaptogène pour aider à augmenter l'énergie et la résistance au stress au cours du temps.
- Ortie (Urtica dioica) : la feuille, utilisée en phytothérapie comme tonique nutritif, le plus souvent en longue infusion.
- Avoine laiteuse (Avena sativa) : les épis verts récoltés au stade laiteux, appréciés des herboristes comme tonique nervin nourrissant depuis le dix-neuvième siècle.
- Calendule (Calendula officinalis) : des fleurs utilisées traditionnellement en phytothérapie pour aider à guérir les blessures mineures et pour aider à soulager les inflammations et les irritations de la peau, appliquées en huile infusée ou en onguent.
- Racine de guimauve (Althaea officinalis) : utilisée traditionnellement en phytothérapie (comme émollient) pour soulager l'irritation de la muqueuse buccale et du pharynx, préparée en macération à froid.
- Échinacée (Echinacea purpurea) : la racine, la feuille ou la fleur, utilisées traditionnellement en phytothérapie pour aider à soulager les symptômes du rhume.
- Hysope anisée (Agastache foeniculum) : aucune monographie ; elle mérite sa place par sa saveur, douce et parfumée à l'anis dans un mélange de tisane.
La camomille, la mélisse et l'avoine laiteuse sont des plantes nervines, et la guimauve est le grand classique des plantes démulcentes. Des herbes plus fortes comme l'absinthe, l'hysope, la scutellaire et l'ashwagandha ont leurs propres mises en garde ; ajoutez-les une fois les bases bien connues.

Pots, étiquettes et une tablette bien rangée
Utilisez des pots de verre aux couvercles bien ajustés, gardés dans une armoire ou en verre ambré, puisque la lumière et la chaleur font vite pâlir la couleur et l'arôme ; notre guide de conservation compare les options. Étiquetez chaque pot le jour où vous le remplissez, avec cinq renseignements : le nom commun, le nom botanique, la partie de la plante, la provenance avec le numéro de lot s'il y en a un, et la date de récolte ou d'achat. La partie de la plante compte parce que la racine et la fleur d'échinacée sont deux herbes différentes, et le nom botanique compte parce que les noms communs se chevauchent : l'hysope et l'hysope anisée sont deux plantes différentes.
Regroupez la tablette selon la nature des choses : les herbes séchées ensemble, par ordre alphabétique de nom commun, les préparations finies ensemble, les outils dans leur propre boîte. Tenez un inventaire simple sur une fiche fixée à l'intérieur de la porte de l'armoire, chaque herbe avec sa date, et utilisez d'abord le pot le plus ancien. Rangez toute l'apothicairerie loin de la cuisinière et de la bouilloire et hors de la portée des enfants, avec les teintures et les huiles essentielles sur une tablette haute ou fermée à clé. Les huiles essentielles sont des extraits concentrés, pas des herbes séchées plus fortes, et le Centre antipoison de l'Ontario conseille de ne jamais en avaler une à moins que l'étiquette ne l'indique.

Combien acheter, et quand racheter
Les herbes séchées ne se gâtent pas tant qu'elles s'étiolent. La spécialiste en salubrité alimentaire du service de vulgarisation de l'Université de Géorgie parle d'un an au plus de bonne saveur et de bonne puissance pour des herbes séchées gardées dans un contenant hermétique, dans un endroit frais et sombre, et les herboristes constatent que les racines se conservent plus longtemps que les feuilles et les fleurs. Les préparations ont leur propre horloge : une teinture à l'alcool reste bonne pendant des années, même si une étude de 2021 sur des teintures de plantes de la famille de la menthe, dont la mélisse, a constaté une baisse importante de leur composé marqueur en six mois, et une huile infusée dure jusqu'à ce que l'huile rancisse, habituellement quelques mois.
À raison d'un à deux grammes d'herbe séchée par tasse, la proportion qu'emploie notre guide des préparations pour la tisane, un sac de 50 grammes donne environ 25 à 50 tasses. Commencez par le plus petit format de chaque herbe, notez combien de temps il dure et ajustez l'achat suivant en conséquence ; l'ortie, préparée en longue infusion, part le plus vite. Une herbe qui a perdu sa couleur et son parfum a fait son temps : compostez-la.
Où trouver vos herbes
Cultivez ce que vous pouvez et achetez le reste ; la calendule, la camomille, la mélisse et la menthe poivrée se cultivent toutes bien dans un jardin familial, et notre guide Quelles plantes médicinales cultiver vous aide à choisir. Quand vous achetez, lisez le sac pour y trouver le nom botanique, la partie de la plante et une année de récolte ou un numéro de lot, puis regardez l'herbe elle-même : des feuilles vertes, des capitules entiers, des morceaux de racine reconnaissables et un parfum qu'on remarque dès l'ouverture du sac.
Lisez ensuite la certification. Au Canada, une herbe étiquetée biologique et vendue d'une province à l'autre doit être certifiée en vertu du Règlement sur la salubrité des aliments au Canada, et au Québec, biologique est une appellation réservée depuis 2000 : l'étiquette doit donc nommer l'organisme de certification après la mention « Certifié par ». Un bon producteur peut vous dire quand et où une herbe a été récoltée et comment elle a été séchée.
Notre propre apothicairerie a commencé avec les herbes qui poussaient naturellement ici, dans Charlevoix : les orties à l'ombre, la mélisse en plein soleil, la camomille qui fleurissait joyeusement malgré le vent. Nos herbes sont certifiées biologiques par Ecocert Canada, récoltées et mondées à la main, puis séchées à basse température à la ferme, et vous pouvez parcourir ce que nous cultivons.

Un mot sur la sécurité
Les herbes sont douces, pas inertes. Ajoutez une nouvelle herbe à la fois, commencez par de petites quantités et prenez des notes. Si vous prenez des médicaments d'ordonnance, parlez-en à votre pharmacien ou à votre professionnel de la santé avant d'ajouter une herbe, car certaines herbes interagissent avec des médicaments ; le National Center for Complementary and Integrative Health des États-Unis souligne que bien des produits à base de plantes n'ont pas été testés chez les femmes enceintes, les mères qui allaitent ou les enfants. Les monographies de Santé Canada sont précises. Pour l'ortie : « Ne pas utiliser si vous êtes enceinte ou si vous allaitez ». Pour le tulsi : « Ne pas utiliser si vous êtes enceinte », et consultez un praticien de soins de santé avant l'utilisation si vous allaitez, si vous avez un trouble cardiovasculaire ou le diabète, ou si vous prenez des médicaments pour le cœur ou pour la pression artérielle. Pour la mélisse, la menthe poivrée et la guimauve, consultez-en un avant l'utilisation si vous êtes enceinte ou si vous allaitez. Avec la camomille et la mélisse, « soyez prudent si vous conduisez ou utilisez de la machinerie car vous pourriez ressentir de la somnolence ».
La camomille, la calendule et l'échinacée font partie de la famille de la marguerite, les astéracées. Santé Canada indique « Cessez d'utiliser si une hypersensibilité/allergie se manifeste », et les monographies européennes excluent la camomille pour toute personne allergique aux plantes apparentées : soyez prudent si l'herbe à poux vous incommode. Pour l'échinacée, consultez un praticien avant l'utilisation si vous avez une maladie du système immunitaire ou si vous prenez des médicaments qui inhibent le système immunitaire. Demandez l'avis d'un praticien avant de donner une préparation à base de plantes à un enfant, et si quelqu'un avale quelque chose qu'il ne devrait pas, appelez un centre antipoison : le 1-800-463-5060 au Québec, ou le 1-844-POISON-X ailleurs au Canada. Le billet consacré à chaque herbe donne ses mises en garde particulières. Tout au long de ce guide, nous décrivons l'usage traditionnel des herbes ; aucune n'est un remède contre une maladie.
Foire aux questions
Qu'est-ce qu'une apothicairerie maison ?
Une collection personnelle d'herbes séchées, des préparations qu'on en tire et des outils qui servent à les faire, gardés ensemble sur une tablette ou dans une armoire. Le mot vient du grec apothēkē, un entrepôt.
Faut-il être herboriste de formation pour démarrer une apothicairerie maison ?
Non. Commencez avec cinq à huit herbes douces que vous utiliserez, étiquetez tout et ajoutez les herbes une à la fois. Pour les questions de santé précises, adressez-vous à un herboriste ou à votre professionnel de la santé.
Par quelles herbes commencer une apothicairerie maison ?
Des herbes à tisane douces et répandues comme la camomille, la mélisse, la menthe poivrée, le tulsi, l'ortie et l'avoine laiteuse, plus la calendule pour une huile ou un onguent et la racine de guimauve pour une macération à froid.
Quelle quantité d'herbes séchées acheter au début ?
Le plus petit sac de chaque herbe, puis ajustez. Les herbes séchées gardent leur meilleure saveur environ un an, et un sac de 50 grammes donne environ 25 à 50 tasses de tisane.
Que faut-il écrire sur l'étiquette d'un pot d'apothicairerie ?
Le nom commun, le nom botanique, la partie de la plante, la provenance ou le numéro de lot, et la date de récolte ou d'achat. Pour une préparation maison, ajoutez la proportion et le solvant.
Faut-il cultiver ou acheter les herbes de son apothicairerie ?
Les deux. La calendule, la camomille, la mélisse et la menthe poivrée se cultivent facilement à la maison ; achetez le reste auprès d'un producteur qui peut vous indiquer le nom botanique, l'année de récolte et la certification.
Envie d'en savoir plus ? Consultez nos autres guides sur les herbes séchées :
- Comment préparer des remèdes à base de plantes à la maison : infusions, décoctions, teintures, onguents et huiles
- Comment conserver les herbes séchées : conserver leur saveur, leur parfum et leur efficacité
- Quelles plantes médicinales cultiver : un guide pour débutants et passionnés
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