Le calendula est une de ces herbes qui transforment discrètement tout ce qu'elles touchent. Que vous infusiez une tisane dorée, récoltiez des fleurs collantes au champ ou composiez un baume apaisant, le calendula apporte chaleur et clarté à chaque geste. La fleur porte un nom qui veut dire « petit calendrier », elle a sa place chez Shakespeare, une page dans chaque vieil herbier anglais et quelques charmes vraiment étranges. Cet article parle de ce versant de la plante : ce que signifie le calendula, d'où vient son folklore, et lesquelles des traditions du « marigold » anglais concernent en réalité une autre fleur.
À notre ferme de Charlevoix, le calendula fleurit du début de l'été jusqu'au gel, à travers les périodes de sécheresse et dans les sols pauvres. Ses visages jaunes et orange s'ouvrent avec le matin et se ferment avec le soir, et c'est là que commence la plus grande partie de son folklore.

Ce qu'est le calendula (et ce qu'il n'est pas)
Le calendula (Calendula officinalis) appartient à la famille des astéracées, celle des marguerites. Originaire du bassin méditerranéen, il est cultivé dans les jardins d'Europe depuis le Moyen Âge. Son nom commun français est « souci officinal » ; son nom anglais est « pot marigold », et c'est là que la confusion commence. Le mot anglais « marigold » désigne aussi bien le souci que les tagètes, c'est-à-dire les œillets d'Inde et les roses d'Inde (Tagetes), un genre différent, originaire des Amériques, qui n'a atteint l'Europe et l'Asie qu'au XVIe siècle. Les « marigolds » orange des autels mexicains et des temples indiens sont des tagètes. Comme une grande partie de ce qu'on lit en ligne sur la « magie » du calendula est traduite de l'anglais, elle parle souvent, sans le dire, de l'autre plante.
Pour le côté pratique du calendula, à quoi servent les fleurs, ce qu'il faut rechercher dans les pétales séchés et comment les acheter, consultez notre guide sur les bienfaits, usages et où acheter le calendula. Cet article s'en tient à la signification.
Ce que signifie le calendula
Dans les vieux textes anglais, le calendula représentait deux choses : le soleil et la constance. C'est la fleur qui reste fidèle au soleil, ouverte quand il se lève, fermée quand il se couche, et les auteurs d'emblèmes du XVIIe siècle en ont fait le symbole de la constance des sentiments (et, moins gentiment, celui du courtisan flatteur qui se tourne là où brille la lumière). Au XIXe siècle, un troisième sens s'y est fixé : dans le langage des fleurs de l'époque victorienne, le souci des jardins signifiait le chagrin, et le souci accompagné de cyprès, le désespoir. Les lectures joyeuses qu'on trouve aujourd'hui sur les pages des fleuristes, joie, chaleur et bonne fortune, sont modernes.
D'où vient le nom
Le nom botanique vient du latin calendae, le premier jour du mois romain, qui nous a aussi donné « calendrier ». Les vieux herboristes l'expliquaient par une fleur qu'on pouvait trouver en fleur aux calendes de presque chaque mois, écrit John Gerard dans son Herball de 1597. Ce latin est médiéval plutôt que classique : le nom décrit l'habitude de la plante, mais ce ne sont pas les Romains qui l'ont forgé.
L'anglais « marigold » réunit « Mary » et « gold », l'or de Marie, un nom attesté en anglais dès la fin du XIVe siècle. Les étymologistes pensent qu'il honore probablement la Vierge Marie, et à l'époque victorienne la fleur avait sa place fixe dans les calendriers floraux catholiques, à la fête de l'Annonciation. Avant cela, les Anglais l'appelaient simplement « golde » : chez Chaucer, la Jalousie porte une guirlande de « goldes » jaunes. L'historien des jardins victorien Henry Ellacombe, qui a rassemblé ces références, pensait que l'or était venu d'abord et Marie ensuite. Le « pot » de pot marigold est plus simple : Gerard rapporte que les épiciers hollandais gardaient des barils remplis de pétales séchés pour les soupes d'hiver, au point, dit-il, qu'aucun bouillon n'était bien fait sans soucis séchés.
La fleur qui suit le soleil
Les fleurs de calendula s'ouvrent au soleil et se replient le soir et par temps gris. Les botanistes parlent d'un mouvement de sommeil, commandé par la lumière et la température, et non d'une tête qui suivrait le soleil dans sa course. Mais l'habitude a suffi. Un glossaire du moyen anglais daté d'environ 1440 traduit « goolde » par solsequium, « celle qui suit le soleil », et c'est de ce même mot latin que vient notre « souci », qui n'a rien à voir avec l'inquiétude. Quand Linné a construit son horloge florale en 1751, il a donné une place au calendula, qui se ferme vers trois heures de l'après-midi. Si le souci n'ouvre pas ses pétales avant sept heures du matin, notait un collectionneur victorien du folklore des plantes, il faut s'attendre à de la pluie ou à l'orage.
Nicholas Culpeper, dans son herbier de 1653, le dit à la manière des herboristes astrologues : c'est une herbe du Soleil, placée sous le signe du Lion. Et Shakespeare, qui connaissait la fleur des jardins anglais avant que les tagètes y soient courantes, a donné à Perdita le plus beau vers à son sujet. À la fête de la tonte, dans Le Conte d'hiver, elle offre à ses invités le souci, « qui va au lit avec le soleil et se lève avec lui en pleurant » (the marigold, that goes to bed with th' sun, / And with him rises weeping, acte IV, scène 4). Les pleurs, c'est la rosée du matin. Les historiens des jardins s'accordent à dire qu'il parlait bien de Calendula officinalis.

Le calendula dans les vieux herbiers
Les herboristes l'aimaient pour le cœur, au sens ancien du mot. Gerard écrit en 1597 que la fleur était réputée fortifier et réconforter grandement le cœur ; selon Culpeper, les fleurs étaient très employées dans les possets, les bouillons et les boissons pour réconforter le cœur et les esprits. Ce sont des attributions historiques, pas des conseils ; les usages actuels de la fleur, avec leurs sources, se trouvent dans notre guide du calendula.
Les propriétés magiques du calendula, selon les vieux livres
Si vous êtes venu ici pour les propriétés magiques du calendula, voici ce que disent réellement les textes datés. Le plus ancien charme anglais que nous avons trouvé se lit dans The Boke of Secretes de 1560, la traduction d'un livre de merveilles latin du Moyen Âge attribué à Albert le Grand, dont le traducteur a rendu l'herbe par « marigold » : il faut la cueillir quand le Soleil est dans le signe du Lion, en août, l'envelopper dans une feuille de laurier avec une dent de loup, et si quelque chose a été volé, placer le paquet sous sa tête la nuit pour voir le voleur en rêve. La même page promet que celui qui la porte sur lui n'entendra que des paroles de paix.
Le deuxième est un charme d'amour pour la Saint-Luc, le 18 octobre, imprimé vers 1780 dans un petit livre de colportage intitulé Mother Bunch's Closet Newly Broke Open : des fleurs de souci, de la marjolaine, du thym et un peu d'absinthe, séchés, réduits en poudre, mijotés avec du miel et du vinaigre, puis appliqués en onguent avant de dormir, en répétant St. Luke, St. Luke, be kind to me, / In dreams let me my true love see (saint Luc, saint Luc, sois bon pour moi, fais-moi voir en rêve mon véritable amour). Les Anglais employaient volontiers le souci pour la divination amoureuse ; en Allemagne, note le même collectionneur victorien, on l'écartait soigneusement des oracles d'amour, comme une fleur défavorable à l'amour. Une recette manuscrite anglaise d'une huile pour voir les fées, des fleurs de souci macérées trois jours au soleil dans de l'huile, est citée par Richard Folkard en 1884.
Puis les Victoriens ont fixé les significations par l'imprimé : dans son Language of Flowers (1884), Kate Greenaway donne le souci pour le chagrin, et le souci avec le cyprès pour le désespoir. Les correspondances de la sorcellerie moderne, le calendula pour le Soleil, pour le feu, pour le Lion, pour la protection et les rêves prophétiques, sont une synthèse du XXe siècle posée sur ce vieux fonds ; le soleil et les rêves en sont les parties qui ont des racines. Ce que nous n'avons trouvé nulle part dans les sources, ce sont des pétales de calendula répandus sur des autels antiques ou macérés dans des « huiles cérémonielles ». Ce folklore-là appartient aux tagètes.
Calendula ou tagète ? Quelle tradition appartient à quelle fleur
Deux des coutumes du « marigold » les plus célèbres au monde ne sont pas des coutumes du calendula. Le cempasúchil dont les pétales bordent les chemins et les autels du Día de Muertos mexicain est Tagetes erecta, la rose d'Inde, une plante originaire du Mexique et du Guatemala ; la « fleur des morts » mexicaine est la même plante. Les guirlandes orange des temples et des mariages en Inde sont aussi des tagètes ; Folkard le notait déjà en 1884, en désignant la rose d'Inde (Tagetes erecta) comme la fleur sacrée du nord de l'Inde. Les Victoriens séparaient aussi les deux dans le langage des fleurs : l'œillet d'Inde signifiait la jalousie, la rose d'Inde, les esprits vulgaires, et le souci des jardins, notre calendula, le chagrin.
La fleur de naissance d'octobre est une convention moderne des fleuristes, et les almanachs ne s'entendent pas sur le marigold en question : l'un dit Tagetes, l'autre nomme le calendula. De toute façon, le charme de la Saint-Luc tombe le 18 octobre, et le calendula fleurit encore dans nos planches ce mois-là, si bien qu'un bouquet d'anniversaire au calendula a plus d'un titre sur cette date.
Une fleur pour l'esprit
Le calendula nous rappelle que la guérison peut être calme et constante, pas toujours spectaculaire, mais profondément durable. À la ferme, il nous enseigne aussi le rythme. Pour qu'il continue de fleurir, il faut le récolter tous les deux ou trois jours, et cette douce discipline devient une forme de dévotion : vérifier les planches dans la lumière du matin, remarquer ce qui est ouvert, ce qui est fané, ce qui est collant de résine, surtout chez les types orange foncé, qui en portent le plus. Avec le temps, cela bâtit une relation enracinée dans la réciprocité.
Le versant pratique de la plante a ses propres guides : les pétales sont comestibles et légèrement salés, et quelques-uns dans une salade ou dans un bain, c'est le rituel le plus simple de tous ; les fleurs séchées s'infusent en une huile de calendula dorée, et cette huile devient notre baume au calendula. Pour élever votre propre carré, et voir pourquoi nous le plantons entre le tulsi et la camomille, il y a notre guide sur comment cultiver le calendula de semences ; nous cultivons et séchons nos fleurs de calendula biologiques certifiées en petits lots tout au long de la saison. Une précaution avant de manger les pétales : évitez-les si vous êtes allergique aux plantes de la famille des astéracées, comme l'herbe à poux ou la camomille, et demandez l'avis d'un professionnel de la santé avant d'utiliser le calendula comme remède si vous êtes enceinte, si vous allaitez ou si vous prenez des médicaments.

Foire aux questions
Que symbolise le calendula ?
Dans les vieux textes anglais, le calendula représentait le soleil et la constance, la fleur qui s'ouvre et se ferme avec le jour. Dans le langage des fleurs victorien, il signifiait le chagrin. Les lectures de joie et de chaleur sont modernes.
Le calendula, le souci et l'œillet d'Inde, est-ce la même plante ?
Le calendula est le souci officinal, Calendula officinalis, une plante méditerranéenne. L'œillet d'Inde et la rose d'Inde sont des tagètes, un autre genre venu des Amériques, avec d'autres traditions. L'anglais « marigold » désigne les deux, d'où la confusion.
Le calendula sert-il au Jour des morts mexicain ?
Non. Le cempasúchil du Día de Muertos est Tagetes erecta, la rose d'Inde, originaire du Mexique, comme les guirlandes des temples et des mariages en Inde. Ces coutumes appartiennent aux tagètes, pas au calendula.
Quelles sont les propriétés magiques du calendula dans le folklore ?
Les textes datés le lient au soleil (une herbe du Soleil, sous le signe du Lion, selon Culpeper), à la vision du voleur en rêve quand on le place sous l'oreiller (le Boke of Secretes de 1560) et à la divination amoureuse de la Saint-Luc, le 18 octobre. Les tableaux de correspondances modernes s'appuient là-dessus.
Le calendula est-il la fleur de naissance d'octobre ?
Le marigold est la fleur de naissance habituelle d'octobre, avec le cosmos, mais les almanachs ne s'entendent pas sur lequel : certains parlent des tagètes, d'autres nomment le calendula. Le calendula fleurit encore en octobre dans nos planches, au Québec.
Les pétales de calendula sont-ils comestibles ?
Oui. Les pétales sont comestibles et légèrement salés, longtemps utilisés pour colorer le riz et les bouillons à la place du safran. Évitez-les si vous êtes allergique aux plantes de la famille des astéracées, comme l'herbe à poux ou la camomille.
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- Calendula biologique : bienfaits, usages et où acheter les fleurs séchées
- Comment cultiver le calendula de semences
- Comment faire l'huile de calendula
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